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Nella Buscot > Le monde de la sculpture > A propos des sculpteurs femmesA propos des sculpteurs femmesau XIXe et au début du XXe siècle![]()
A la question "Pouvez-vous citer des sculpteurs français du XIXe siècle ?", la plupart des personnes interrogées répondent Rodin, quelques-uns rajoutent Carpeaux, Maillol, Camille Claudel, plus rarement Bourdelle, Falguière, Rude, Dalou. A la même question, où l'on précise "des sculpteurs femmes", l'unique réponse est Camille Claudel que l'ouvrage d'Anne Delbée, "Une femme" (Presses de la Renaissance, 1982), a sortie de l'oubli. Le film interprété par Isabelle Adjani, relatant son histoire d'amour avec Rodin et sa vie tragique, a contribué à partir de 1988 à la faire connaître d'un public plus large encore.
Mais ce n'est qu'à la toute fin du XIXe siècle qu'elles commencent à pénétrer réellement l'univers de la sculpture, réservé jusque-là aux hommes, en accédant à l'Ecole des Beaux-Arts, aux concours, aux honneurs… Cependant, il faut souligner qu'elles sont peu nombreuses en comparaison des sculpteurs hommes, qu'elles ne font que rarement de la sculpture un métier et que leur condition de femmes constitue un handicap. Qui sont les sculpteurs femmes ?Le fait d'appartenir à la noblesse de sang ou par alliance offre la possibilité aux femmes de pratiquer une activité artistique, sans avoir à en vivre, ni à se faire connaître :
Il en est de même pour celles faisant partie de la bourgeoisie :
Avoir un père ou un époux artiste, qu'il soit sculpteur, peintre, musicien… ou prestidigitateur, est un atout important pour faire éclore des vocations et entrer dans un milieu essentiellement masculin :
Enfin, pour pouvoir s'imposer et se faire connaître dans un environnement encore très misogyne, il n'est pas étonnant de rencontrer parmi ces sculpteurs des femmes de caractère ou à la forte personnalité :
Les difficultés rencontréesLa première difficulté est liée à la sculpture elle-même, longtemps perçue comme un art masculin, à cause de la "force virile" que nécessite la taille directe de la pierre avec l'utilisation du burin et le maniement de kilos de terre ou de plâtre. La sculpture, contrairement à la peinture, demande plus de moyens physiques, plus de place, des investissements. Pour exposer, il faut des contacts, des commandes, des mécènes…Les sculpteurs femmes étaient très souvent stigmatisées du fait de leur sexe et cantonnées à cette identité. Quand elles osent exposer leurs œuvres, les critiques contribuent à les faire passer inaperçues en les qualifiant de "féminines, donc mièvres et fades". Elles n'étaient jugées que sur leur contenu émotionnel. En outre, la représentation de la nudité par une femme était considérée comme une offense à la morale. La censure s'exerçait par l'exclusion des expositions ou des commandes de l'Etat. Au XIXe siècle, une femme sculpteur ne pouvait être acceptée comme sculpteur que si elle ne faisait pas une profession de son activité artistique et qu'elle restait du côté de l'amateurisme de bon aloi… Ce qui était vrai pour les hommes, l'était encore plus pour les femmes. Les appuis politiques, la connaissance d'un directeur de musée, d'un critique, constituaient de forts tremplins pour une carrière d'artiste, comme ce fut le cas par exemple pour Claude Vignon (1828-1888) ou Marguerite Syamour (1857-1945), tandis que Camille Claudel, insuffisamment aimable avec les autorités masculines et aux œuvres provocantes, eut peu de reconnaissances officielles ou de commandes de l'Etat.
Le problème de la formation artistiqueAu XIXe siècle, la formation artistique des femmes était très limitée. Seules les jeunes filles issues de la noblesse et de la bourgeoisie étaient initiées à l'art, notamment par des visites de musées ou des cours particuliers. Les rudiments techniques de peinture et de musique venaient en complément de leur activité de broderie. La pratique de la sculpture était très rare.Envisager des écoles publiques mixtes était impensable. D'abord, cela aurait pu nuire à leur prestige, ensuite les artistes hommes auraient, disait-on, été troublés par la présence féminine. Mais c'étaient surtout la promiscuité et l'impudeur régnant dans ces lieux qui les faisaient considérer comme incompatibles avec une ouverture aux artistes femmes. Même l'enseignement séparé n'était pas admis car il aurait pu affecter les femmes confrontées à des modèles masculins nus, perspective totalement contraire à la morale de l'époque. A Paris, les écoles privées de peinture et de sculpture, comme l'Académie Julian, fondée en 1867 par le peintre Rodolphe Julian (1839-1907) ou l'Académie Colarossi, fondée vers 1870 par le sculpteur italien Filippo Colarossi, étaient les seules alternatives possibles pour les sculpteurs femmes face à l'impossibilité d'accéder aux établissements publics, comme l'École des Beaux-Arts. Elles pouvaient y peindre ou sculpter des nus à partir de modèles masculins.
Cependant, même lorsque les moyens permettaient l'ouverture de telles sections, les femmes ne se trouvaient pas à égalité avec les hommes : locaux plus exigus, cours moins nombreux, tarifs plus élevés, enseignants de moindre réputation… Compléments
Bibliographie :
Photo du haut de page, de gauche à droite : Clémence Sophie de Sermezy, Félicie de Fauveau, Marie d' Orléans, Rosa Bonheur, Hélène Bertaux, Claude Vignon, Adèle d' Affray, Marie Bashkirtseff, Camille Claudel, Jeanne Itasse, Marie Gallaud. |