Sculpteur

 Accueil
    NewsInformation
    L'artiste
    Livre d'or
    Contact
    Livre
  
 Collections :
    Animaux
    Bustes
    Danses
    Enfants
    Femmes
    Grandes sculptures
    Groupes
    Hommes

 Le monde de la sculpture
    Biographies de sculpteurs
    Sculpture dans les musées
    Citations
    Bibliographie
    Jean-Antoine Injalbert
    Dans les jardins publics
    Moteur de recherche
    Lexique de sculpture,
    Sculpteurs femmes,
    Etc.


         

 Copyright © 2013 Nella Buscot
Nella Buscot  >  Le monde de la sculpture  > A propos des sculpteurs femmes




A propos des sculpteurs femmes

au XIXe et au début du XXe siècle






"On nous demande avec une indulgente ironie combien il y a eu de grandes artistes-femmes. Eh, messieurs, il y en a eu et c'est étonnant vu les difficultés énormes qu'elles rencontrent."
Marie Bashkirtseff (1860-1884), journal "La Citoyenne" du 6 mars 1881.


A la question "Pouvez-vous citer des sculpteurs français du XIXe siècle ?", la plupart des personnes interrogées répondent Rodin, quelques-uns rajoutent Carpeaux, Maillol, Camille Claudel, plus rarement Bourdelle, Falguière, Rude, Dalou. A la même question, où l'on précise "des sculpteurs femmes", l'unique réponse est Camille Claudel que l'ouvrage d'Anne Delbée, "Une femme" (Presses de la Renaissance, 1982), a sortie de l'oubli. Le film interprété par Isabelle Adjani, relatant son histoire d'amour avec Rodin et sa vie tragique, a contribué à partir de 1988 à la faire connaître d'un public plus large encore.

Le petit panorama que je vous propose permet de combattre l'idée reçue selon laquelle Camille Claudel est l'exception et que la sculpture au féminin n'apparaît qu'au XXe siècle. En effet, dès la fin du XVIIIe siècle, on rencontre des sculpteurs femmes telle Clémence Sophie de Sermezy (1767-1850) ou Julie Charpentier (1770-1845).
Claude Vignon :
Jean de La Fontaine

Mais ce n'est qu'à la toute fin du XIXe siècle qu'elles commencent à pénétrer réellement l'univers de la sculpture, réservé jusque-là aux hommes, en accédant à l'Ecole des Beaux-Arts, aux concours, aux honneurs… Cependant, il faut souligner qu'elles sont peu nombreuses en comparaison des sculpteurs hommes, qu'elles ne font que rarement de la sculpture un métier et que leur condition de femmes constitue un handicap.


Qui sont les sculpteurs femmes ?

Le fait d'appartenir à la noblesse de sang ou par alliance offre la possibilité aux femmes de pratiquer une activité artistique, sans avoir à en vivre, ni à se faire connaître :
Il en est de même pour celles faisant partie de la bourgeoisie :

Avoir un père ou un époux artiste, qu'il soit sculpteur, peintre, musicien… ou prestidigitateur, est un atout important pour faire éclore des vocations et entrer dans un milieu essentiellement masculin :
  • Léonie Halévy (1820-1884), épouse du compositeur français Fromental Halévy (1799-1862)
  • Rosa Bonheur (1822-1899), fille du peintre Raymond Bonheur,
  • Hélène Bertaux (1825-1909), belle-fille du sculpteur Pierre Hébert (1804-1869),
  • Marie Cazin (1844-1924), épouse du peintre et céramiste Jean-Charles Cazin (1840-1901),
  • Eglantine Lemaitre (1852-1920), fille du célèbre prestidigitateur Jean-Eugène Robert-Houdin (1805-1871),
  • Jeanne Itasse (1867-1941), fille du sculpteur Adolphe Itasse (1830-1893),
  • Charlotte Monginot (1872-1962), fille du peintre et graveur Charles Monginot (1825-1900),
  • Lucienne Heuvelmans (1885-1944), fille du dessinateur et ébéniste Oswald Heuvelmans et de la modiste Donatilde Sandras.

Les milieux modestes et ouvriers sont très peu représentés :

Lucie Signoret-Ledieu :
Nymphe de Diane

Enfin, pour pouvoir s'imposer et se faire connaître dans un environnement encore très misogyne, il n'est pas étonnant de rencontrer parmi ces sculpteurs des femmes de caractère ou à la forte personnalité :


Les difficultés rencontrées

La première difficulté est liée à la sculpture elle-même, longtemps perçue comme un art masculin, à cause de la "force virile" que nécessite la taille directe de la pierre avec l'utilisation du burin et le maniement de kilos de terre ou de plâtre. La sculpture, contrairement à la peinture, demande plus de moyens physiques, plus de place, des investissements. Pour exposer, il faut des contacts, des commandes, des mécènes…

Les sculpteurs femmes étaient très souvent stigmatisées du fait de leur sexe et cantonnées à cette identité. Quand elles osent exposer leurs œuvres, les critiques contribuent à les faire passer inaperçues en les qualifiant de "féminines, donc mièvres et fades". Elles n'étaient jugées que sur leur contenu émotionnel. En outre, la représentation de la nudité par une femme était considérée comme une offense à la morale. La censure s'exerçait par l'exclusion des expositions ou des commandes de l'Etat.

Au XIXe siècle, une femme sculpteur ne pouvait être acceptée comme sculpteur que si elle ne faisait pas une profession de son activité artistique et qu'elle restait du côté de l'amateurisme de bon aloi…

Ce qui était vrai pour les hommes, l'était encore plus pour les femmes. Les appuis politiques, la connaissance d'un directeur de musée, d'un critique, constituaient de forts tremplins pour une carrière d'artiste, comme ce fut le cas par exemple pour Claude Vignon (1828-1888) ou Marguerite Syamour (1857-1945), tandis que Camille Claudel, insuffisamment aimable avec les autorités masculines et aux œuvres provocantes, eut peu de reconnaissances officielles ou de commandes de l'Etat.

En 1905, Maria Lomer De Vits a recensé 231 sculpteurs femmes à Paris. Leurs origines sociales étaient aussi variées que leurs pratiques artistiques. Leur caractéristique commune était de créer et d'exposer régulièrement. Mais parmi ces 231 artistes femmes, une seule a pu trouver une place dans la grande galerie du Musée d'Orsay, à Paris, Camille Claudel, avec l'Age Mur, refusé par l'Ecole des Beaux-Arts en 1899 avant d'être finalement racheté par l'Etat, en 1982, soit 83 ans plus tard.

Camille Claudel, L'Age Mûr (Musée d'Orsay, Paris, 1899)

Le problème de la formation artistique

Au XIXe siècle, la formation artistique des femmes était très limitée. Seules les jeunes filles issues de la noblesse et de la bourgeoisie étaient initiées à l'art, notamment par des visites de musées ou des cours particuliers. Les rudiments techniques de peinture et de musique venaient en complément de leur activité de broderie. La pratique de la sculpture était très rare.

Envisager des écoles publiques mixtes était impensable. D'abord, cela aurait pu nuire à leur prestige, ensuite les artistes hommes auraient, disait-on, été troublés par la présence féminine. Mais c'étaient surtout la promiscuité et l'impudeur régnant dans ces lieux qui les faisaient considérer comme incompatibles avec une ouverture aux artistes femmes.

Même l'enseignement séparé n'était pas admis car il aurait pu affecter les femmes confrontées à des modèles masculins nus, perspective totalement contraire à la morale de l'époque.

A Paris, les écoles privées de peinture et de sculpture, comme l'Académie Julian, fondée en 1867 par le peintre Rodolphe Julian (1839-1907) ou l'Académie Colarossi, fondée vers 1870 par le sculpteur italien Filippo Colarossi, étaient les seules alternatives possibles pour les sculpteurs femmes face à l'impossibilité d'accéder aux établissements publics, comme l'École des Beaux-Arts. Elles pouvaient y peindre ou sculpter des nus à partir de modèles masculins.

Il fallut attendre 1897 pour que soient ouvertes des sections réservées aux femmes à l'Ecole des Beaux-Arts, grâce à l'acharnement de Hélène Bertaux (1825-1909), fondatrice de l'Union des femmes peintres et sculpteurs.

Hélène Bertaux

Cependant, même lorsque les moyens permettaient l'ouverture de telles sections, les femmes ne se trouvaient pas à égalité avec les hommes : locaux plus exigus, cours moins nombreux, tarifs plus élevés, enseignants de moindre réputation…


Compléments




Bibliographie :

  • Comment peut-on être femme sculpteur en 1900 ? Autour de quelques élèves de Rodin (Siân Reynolds, Mil neuf cent , n°16 / 1998)

  • Lucienne Heuvelmans (1881-1944) Premier Grand prix de Rome de sculpture en 1911 ou histoire des femmes artistes : de l'indifférence à la reconnaissance officielle (Sabine Schouteten, Mémoire de maîtrise d'histoire de l'art contemporain, université de Lille-III, 1999)

  • Les femmes (Yannick Ripa, Editions le Cavalier Bleu, 2002)

  • Femmes artistes, artistes femmes. Paris de 1880 à nos jours (Elisabeth Lebovici et Catherine Gonnard, éditions Hazan, 2007)

  • Genre, féminisme et valeur de l'art (Séverine Sofio, Perin Emel Yavuz, Pascale Molinier, Cahiers du Genre, n°43/2007)

  • Labeur, Honneur, Douleur : Sculptors Julie Charpentier, Félicie de Fauveau, and Marie d'Orléans (Anatasia Easterday, Woman's Art, Inc., 1997)


Photo du haut de page, de gauche à droite : Clémence Sophie de Sermezy, Félicie de Fauveau, Marie d' Orléans, Rosa Bonheur, Hélène Bertaux, Claude Vignon, Adèle d' Affray, Marie Bashkirtseff, Camille Claudel, Jeanne Itasse, Marie Gallaud.