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Les sculpteurs femmes

L'admission des élèves femmes à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts

lors de la discussion du budget des Beaux-Arts à la Chambre des députés

"L'Artiste; revue de l'art contemporain" 1893


Extrait :

"Pendant la discussion du budget des Beaux-Arts à la Chambre des députés, la question de l'admission des élèves femmes à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts a été portée à la tribune par M. Gerville-Réache. Celui-ci a protesté contre leur exclusion, contraire, a-t-il dit, aux traditions de la France, à ce qui se passe en divers pays, à l'équité et au bon sens. Quand on y accueille des jeunes gens étrangers, pourquoi en exclure les jeunes femmes françaises ? L'orateur a rappelé que, sous l'ancien régime, les femmes étaient admises à l'Académie royale de peinture et de sculpture; il a cité l'exemple des Etats-Unis, de l'Angleterre, de la Russie, et l'avis unanime du conseil supérieur des Beaux-Arts auquel s'est rangé le conseil supérieur de l'Ecole, favorables l'un et l'autre, en principe, à leur admission et concluant à la création d'une section spéciale pour les femmes.

Je dois reconnaître, a ajouté M. Gerville-Réache, que ces diverses assemblées ont exprimé une réserve : elles ont déclaré qu'il était impossible de donner satisfaction aux femmes à l'école des Beaux-Arts actuelle, mais elles ont conclu, en somme, à ce qu'on donnât aux femmes les mêmes facilités qu'aux hommes.

Si la Chambre et le Gouvernement veulent créer une école spéciale pour les femmes, où on leur donnera le même enseignement, où on leur appliquera les mêmes programmes, où on leur donnera les mêmes professeurs, je n'y fais, quant à moi, absolument aucune objection. Mais si c'est là un moyen dilatoire pour repousser une revendication très légitime, je repousse absolument ce procédé comme indigne du Gouvernement et de la Chambre. Si l'on veut faire aboutir la création d'une école nouvelle spéciale pour les femmes, j'y souscris d'avance; mais s'il y a un empêchement quelconque à la création de cette école, alors je me tourne vers le Gouvernement et je lui dis : Admettez purement et simplement les femmes à l'école actuelle. En effet, quelles bonnes raisons peut-on avoir d'écarter les femmes de l'école des Beaux- Arts? Le motif qu'on en donne et qui sera peut-être indiqué à cette tribune, a été formulé au sein de l'une des assemblées que j'ai nommées tout à l'heure, par M. Alexandre Dumas. Voici comment le procès-verbal de la commission du conseil supérieur des Beaux-Arts fait parler M. Dumas :

"M. Dumas fait observer que s'il est juste d'accorder aux femmes le même privilège qu'aux hommes, il sera prudent, lors de la réglementation des cours, de tenir compte du caractère du tempérament et des habitudes des femmes françaises, qu'on ne saurait comparer à ceux des Anglaises ou des Américaines; il ne croit pas, si l'on admet la proposition, qu'il soit possible d'ouvrir les ateliers et les cours de l'école des Beaux-Arts aux jeunes filles en commun avec des jeunes gens qui ont jusqu'à présent affecté de vivre avec une extrême liberté, inconciliable avec le contact des femmes."

Je suis véritablement surpris de trouver une pareille argumentation dans la bouche d'un homme d'autant d'esprit que M. Alexandre Dumas. J'estime qu'il est bien dur pour les femmes françaises, comme aussi pour les élèves de l'école des Beaux-Arts. Quel danger y a-t-il à associer les femmes artistes aux travaux des hommes artistes ? En quoi ces rapprochements seraient-ils compromettants ? Est-ce que les femmes françaises diffèrent des femmes anglaises, américaines, suédoises ou autres ? Seraient-elles moins réservées que ces étrangères; Les élèves des Beaux-Arts, en France, sont-ils moins bien élevés que ceux des autres pays ? Si le danger que l'on prétend résulter de l'admission des femmes à l'école des Beaux-Arts était réel, je me tournerais vers le Gouvernement et je lui dirais : Prenez alors l'engagement à cette tribune de créer une école qui offrirait aux femmes les mêmes garanties que celles que trouvent les jeunes gens à l'école des Beaux-Arts.

Ainsi donc il y a deux solutions : ou bien la création d'une école annexe spéciale avec le même programme, les mêmes professeurs ; ou bien l'admission, dès maintenant, des femmes à l'école des Beaux-Arts actuelle.

M. Ch. Dupuy, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, a répondu qu'il était partisan d'accorder aux femmes, dans l'enseignement public de l'art, les mêmes avantages qu'aux jeunes gens, mais non de les admettre à recevoir cet enseignement dans celle actuellement existante. Reste l'autre solution : créer une école nouvelle, spéciale aux femmes. Le ministre estime qu'une telle institution ne doit pas être exactement le pendant de celle qui existe déjà pour les jeunes gens :

Il me semble que les tendances artistiques de la femme s'orienteraient d'une manière plus heureuse, plus utile, plus pratique et pour elle et pour nous, non pas vers ce qu'on appelle les Beaux-Arts, mais vers cet art décoratif qui n'a pas encore atteint dans ce pays tout le développement désirable, vers cet art qui peut être caractérisé par la formule que voici : une étude à la suite de laquelle chaque artisan peut être en même temps une sorte d'artiste, c'est-à-dire une étude ne séparant jamais, même dans les préoccupations les plus usuelles et les plus matérielles de l'utilisation des choses, cette notion d'art, ce sentiment de distinction et d'élégance qui est une des caractéristiques du génie français. J'aimerais mieux voir les jeunes filles se tourner de ce côté; elles auraient tout à y gagner, et la société également, car, lorsqu'au sortir de la préparation esthétique dont je parle elles deviendraient mères de famille, elles trouveraient dans cet enseignement, non pas moins artistique, mais plus pratique ou mieux plus susceptible d'applications, le moyen de rester des artistes tout en étant des mères de famille, tout en apportant au foyer domestique un ensemble de ressources qu'elles n'y apporteront peut-être pas au même degré si elles se sont livrées à ce qu'on appelle "l'Art" tout court.

Ayant, comme membre du Gouvernement et comme philosophe, permettez-moi de le dire, le profond souci de l'utilisation des capacités de la femme dans la société moderne, mais au profit de la femme et du foyer de la famille, je demande la permission de ne pas m'engager à créer simplement un double de ce qui existe actuellement ; je demande qu'on me laisse chercher quelque chose qui ait un caractère plus profitable pour la femme elle-même, dont le sort me préoccupe plus encore que celui de l'art en cette matière. Nous aurons toujours la certitude de trouver, soit en jupons, soit en culotte des sculpteurs, des peintres et des architectes; je voudrais que la France eût un plus grand nombre de ces artistes que d'autres nations ou d'autres générations ont connus et qui ont si bien su mêler le culte de l'utile et celui du beau, dont l'union convient si bien à notre pays. Dans ces conditions, je réponds à M. Gerville-Réache : Oui, s'il ne tient qu'à nous, — c'est une simple question d'argent, et cet argent nous vous le demanderons, — il sera fait à l'enseignement esthétique de la femme la part qui lui convient dans la société française. Il faut que nul ne puisse plus dire, si nos efforts aboutissent, que l'on admet gratuitement dans les écoles françaises des jeunes gens étrangers, alors qu'on n'y reçoit pas les femmes et les filles françaises. Alors il ne sera pas permis de dire non plus que l'ancienne France recevait les femmes dans les écoles des Beaux-Arts, tandis que la France nouvelle se refuse à les y admettre."